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« Switzerland first » ? Ou quand la souveraineté menace notre prospérité

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La récolte de signatures pour l’initiative populaire fédérale « Pour une immigration modérée » vient d’être lancée. L’occasion pour nous de revenir sur deux concepts clés, employés par les initiants dès qu’il s’agit de remettre en question les relations bilatérales Suisse-Union européenne (UE) : la souveraineté et la prospérité nationale. Ces deux termes sont érigés en vaches sacrées, que cela soit dans le cadre des initiatives « Contre l’immigration de masse », « Contre les juges étrangers » ou de cette dernière. Concrètement, pour les initiants, il s’agit de sauvegarder notre souveraineté de l’influence extérieure, forcément néfaste, afin que notre pays puisse assurer sa prospérité. Chacune de ces variables semblant être dépendante l’une de l’autre. Dans le cadre de la nouvelle initiative dite de « limitation », les initiants n’y vont pas par quatre chemins. Le texte exige la renégociation de l’accord de libre circulation des personnes avec l’Union européenne (LCP) ou, cas échéant, la dénonciation par la Suisse dudit accord dans les douze mois. Autrement, on nous l’assure : la Suisse perdra sa souveraineté et avec elle le contrôle de son immigration et de facto, sa prospérité.

argent sous parapluie

 

 

Cependant, il semble qu’il y ait un hic dans le binôme ainsi construit : la souveraineté à elle seule ne peut garantir la prospérité de notre pays. En effet, dans un monde toujours plus interdépendant, un état a besoin de deux éléments fondamentaux pour assurer sa prospérité : une solide économie et la paix. Et c’est bien là que réside tout le paradoxe des initiatives contre les bilatérales : sans une bonne entente avec l’Union européenne, la Suisse ne peut garantir ni son économie, ni sa sécurité. Qu’on le veuille ou non, la réalité géopolitique nous rattrape : le territoire suisse est entouré d’états membres de l’Union européenne dont la superficie totale représente 110 fois la nôtre. En Suisse, un franc sur trois est gagné à l’exportation avec l’Union européenne. Si la Chine et l’Asie peuvent être des partenaires économiques importants, ils sont loin derrière l’UE (48 % des exportations suisses concernent l’UE contre 9 % pour la Chine en 2016). De plus, en cas d’insécurité, ne nous le cachons pas, nos voisins directs restent nos meilleurs alliés. Face à cette réalité, certains rêvent toutefois d’un slogan à l’américaine « Switzerland first ». Certes, la Suisse peut décider de montrer ses biceps et d’affronter, au bras de fer s’il le faut, le mastodonte européen pour imposer ses propres vues. C’est son choix. Mais est-ce la meilleure stratégie pour assurer sa prospérité ?

être souverain, c’est avant tout faire des choix qui garantissent notre prospérité. C’est consolider et renforcer ses acquis économiques et assurer sa sécurité. Pour y arriver, la Suisse, reconnue pour ses compétences dans la négociation et la médiation, sait que le meilleur chemin est le compromis. Imposer son point de vue et fixer des ultimatums ne fait pas partie des flèches qu’elle porte à son arc. Guillaume Tel est bel et bien éteint, viser la pomme sans tirer sur tout le reste relève du mythe. Si l’accord de libre circulation des personnes tombe, ce sont six autres accords bilatéraux qui partent avec, en somme le cœur de nos relations avec l’Union européenne. L’initiative « pour la limitation » fait une nouvelle fois appel à de grands principes et préjugés. Espérons que le peuple saura faire le bon choix, en ayant en tête que la Suisse est courageuse, mais qu’elle n’a aucun intérêt à être téméraire.

Laurine Jobin
LAUSANNE Sous-arr. Lausanne Secrétaire générale au PLR Vaud