Blog PLR – Les Libéraux-Radicaux

Covid: a-t-on encore le droit et la possibilité de dire le réel tel qu’il est?

On nous a confinés sur une rive. Les mots et les remèdes sur l’autre. Au milieu coule un réel qu’il est interdit de nommer, écrit l’économiste et chef d’entreprise Jamal Reddani.

Comment se dépatouiller dans l’infobésité actuelle et garder un sens critique? Peut-on encore questionner, critiquer le discours officiel et médiatique ou bien est-ce un nouveau credo? Une doxa, une pensée dominante descendue du ciel? Oui mais lequel, de ciel? Quid de la genèse de ce virus, de l’efficacité des masques, de l’âge des décédés, des PCR, du confinement, de la surmortalité, des traitements rejetés, des vaccins? A ces questions légitimes du profane, il est souvent opposé le qualificatif de complotiste. «Complotiste» est devenu une arme dégainée contre tout échange critique positif. Questionner offense le clergé nouveau en blouse blanche et les communicants à la forge des mots. Les «façonneurs d’opinion», comme ils s’en targuent. Les arguments d’autorité fusent, relayés avec zèle par certains médias doucereux, les longs cils battants et la bouche en cœur. Pauvre Charte de
Munich! Ce quasi- «hold-up» du langage questionne. Au moindre scepticisme, vous voilà qualifié de complotiste, rassuriste, anti-vaccin, populiste, égoïste, anti-science. On n’échange plus les mots, on se tire dessus avec. Cette interdiction de douter, de questionner tombe-t-elle du ciel après avoir essuyé l’humidité des cumulonimbus? Mais dans ce cas, quelle est l’adresse du «ministère de la vérité»? Rue George-Orwell? Une police du langage semble sévir. On érige les certitudes aux premières affirmations, au premier tweet, au titre d’un article, aux premières opinions postillonnées sur les plateaux de télévision.

Les choses sont-elles aussi dramatiques?

Quant aux mots nouveaux arrivés dans la nuit de la France, on se les approprie avec avidité dans les médias. Un mimétisme qui confine au grotesque créant la furie anxiogène que nous subissons. (Pandémie, morts, intubés, propagation virale, R zéro, explosion des courbes, reprise, couvre-feu, confinement, mutants, variant.) Nous avons besoin de calme… de grand calme.

Nos libertés fondent comme neige au soleil et nous les rendra-t-on un jour?
Paul-Valéry nous invitait à faire «un toilettage de la situation verbale» mais «aussi mentale». Quand bien même on le voudrait, en serions-nous autorisés? Nous sommes perdus et les mots pour dire le réel confisqués et éloignés sur l’autre rive. Or une société qui ne se questionne plus est malade! Et pas du covid. Peut-être même qu’elle n’en est plus une, mais seulement un agrégat d’individus hypnotisés et guidés dans l’obscurité. Nous vivons pourtant dans une civilisation d’ontologie mais on ne peut plus nommer librement. Le réel nous est décrit par une sémantique douteuse, comme une projection dans l’allégorie de la caverne de Platon. Une grotte où nous nous sommes laissés confiner. Nous avons une pandémie, et pleurons nos morts sûrement. Mais les choses sont-elles aussi graves, désespérantes et dramatiques? En attendant et à la recherche des mots confisqués… Nos libertés fondent comme neige au soleil et nous les rendra-t-on un jour? Les cas psychiatriques auraient doublé. Nos enfants dépérissent en silence et 20% auraient scénarisé leur suicide. Notre économie est à genoux et les dégâts, à la marée basse venue, nous tétaniseront. Nous en serons vitrifiés! Mais peut-on encore et déjà en parler? Non, apparemment.

Confinés dans nos têtes
Quant au fond: avec nos saccages infligés à la nature, les déforestations et migrations animales forcées, les bouleversements climatiques; les zoonoses à venir, demain, que ferons-nous face à d’autres virus? On se confinera ad vitam aeternam? Tétanisés dans nos chaumières, on écoutera au loin la parole. La parole officielle. Justement: la parole aurait une fonction plus affective qu’informative et c’est là que le danger guette! Les psychanalystes disent que lorsque cette parole, dans sa deuxième fonction, ne rapporte plus rien du réel, alors nous sommes en présence du délire. En sommes-nous là? Par ailleurs, on dit «qu’un être normal est capable de travailler et d’aimer». Je rajouterai aussi de nommer. Sommes-nous encore normaux? Nous qui sommes empêchés de travailler et obligés de nous éloigner comme repoussés par une force qui annihile ce qui fait de nous des personnes tactiles, empathiques, aimantes, séduisantes, caressantes. On peut ligoter l’humain avec les mots et on ne nous a pas confinés chez nous seulement mais plus alarmant encore: dans nos têtes!