Blog PLR – Les Libéraux-Radicaux

Où sont les chantres de la décroissance ?

Jamal Reddani, Economiste d’Entreprise

Merck Serono, le coup de semonce!

(Article en partie publié dans le n°82 de l’AGEFI)

Bref rappel

Dans un précédent article (AGEFI du 23.03.2012 bons et mauvais raisonnements), nous nous inquiétions des risques de ne pas pérenniser le cadre du conte de fée économique que nous vivions en suisse romande en général et dans le canton de Vaud en particulier. Un canton de Vaud avec un taux de croissance de 2.5% (contre 2.1 national) (Source institut CREA estimation PIB Vaudois + SECO),  qui a accueilli 100 000 personnes et réduit sa dette de 10 à moins de 2 milliards en 10 ans. Pendant la même période un Canton qui a créé 50 000 nouveaux postes le plus souvent dans des secteurs innovants (2/3 dans les services à haute valeur ajoutée). Un canton qui a doublé des exportations en passant du 16 au 5ème rang, un taux de chômage jugulé à moins de 5%. Alors que les défis démographiques pointent, notre canton aura à l’horizon 2035, un rapport actif retraité de 2.5 contre 2.1 en moyenne nationale. (Source L’Hebdo 8 mars 2012). Le canton de Vaud fait partie des 8 cantons contributeurs à la péréquation financière. (Source M. P. Broulis interview Hebdo 8.03.2012). Nous mentionnions que le dynamisme de ce canton doit être nourri, alimenté en permanence par l’investissement dans l’infrastructure, la formation, un cadre d’accueil de nouvelles sociétés, une fiscalité compétitive.

De l’importance de notre promotion économique

Par ailleurs, on ne répétera jamais assez que la promotion économique, moteur du succès, dans l’installation de nouvelles sociétés, n’a eu pour défaut que d’avoir mené à bien sa mission et c’est un euphémisme. Nous dénoncions les attaques contre cette dernière ainsi que les amalgames entre sa mission et des aspects de statuts fiscaux spéciaux ne relevant absolument pas de ses compétences. Nous ne nous attarderons pas sur l’énigme de nos politiques dont la retenue et la modestie contrastent avec les prouesses qu’ils ont réalisées les 10 dernières années. Un trait de caractère de chez nous, probablement…

Les dangers de la démagogie

Nous combattions les contre-vérités sur les liens de la crise du logement et la présence de populations étrangères immigrantes avec leurs employeurs en Suisse et ce jusqu’à la publication de l’étude de l’institut CREA qui a absout la promotion économique démontrant la quasi absence de corrélation entre la présence de la population étrangère et la crise du logement.

Par ailleurs, nous rappelions les effets bénéfiques de l’arrivée de population diplômée, hautement qualifiée nous épargnant des coûts de formation avoisinant le million de francs par personne pour certains, et contribuant massivement, du fait des niveaux des salaires, à nos caisses dont l’AVS. Une population avec de gros revenus qui épargne peu avec des propensions marginales à consommer bénéfiques pour notre consommation. Nous citions le lien rédhibitoire entre notre croissance économique et l’obligation pour nous de faire venir 30 000 cadres du tertiaire que la Suisse ne pouvait former par année depuis 2008 (Source * Die neue Zuwanderung. Sous la direction de Daniel Müller-Jentsch, Avenir Suisse, 400 p).

Un climat délétère depuis deux années

Malgré ce qui précède, les attaques internes, puisqu’il semble que nous n’en avons pas assez de l’extérieur, n’ont pas cessé. Ainsi avec démagogie, des thèmes importants ont été instrumentés tels que l’immigration fut elle européenne et malgré les accords signés (ALCP). Des positions à gauche, pour le moins surprenantes, ont été prises par des responsables. Il est regrettable de lire et entendre des contre-vérités téméraires, de supposés liens entre cette immigration et la crise du logement, d’un trop de dividendes versés, d’un trop de multinationales chez nous et ce allant jusqu’à déparler et vouloir obliger ces multinationales, du moins genevoises, à construire les logements pour leurs employés, d’un trop de bien être, allez savoir ! Aujourd’hui encore nous avons entendu dans les médias des propos accusatoires (qu’entendent d’autres multinationales pour le moment encore chez nous) critiquant le versement de dividendes concomitant avec une délocalisation. L’esclandre auquel nous avons assistés sur les salaires excessifs, des salaires trop hauts très probablement versés à des dirigeants, les mêmes qui prennent les décisions stratégiques touchant aux délocalisations (allez comprendre notre finesse parfois). C’est très bien continuons comme cela et nous « franciserons » nos problèmes économiques.

La dissonance a-t-elle ses limites ? Les mêmes qui tiraient à boulet rouge contre les arrangements fiscaux ont été les premiers à s’en accommoder pour sauver le site de Novartis. La réalité, décidément, ramène indubitablement à la raison et au bon sens.

« Il est des êtres hantés par le désir d’avoir, ce qu’ils s’obstinent à se refuser »…notre bien-être socio-économique dérangerait-il certains ?

Point de coercition en économie

Il est impératif que certains comprennent qu’il n’y a pas de coercition en économie ouverte. La perte d’emplois liée à une délocalisation est un drame en soit et il convient de ne pas surfer indécemment et dangereusement dessus comme c’est systématiquement le cas. N’est-il pas plus rationnel et productif de réfléchir aux causes qui ont mené à cette situation et en tirer des leçons car il y en a. Ceux qui feignent de s’étrangler lors d’une délocalisation et se drapent dans des attitudes d’offensés doivent symétriquement faire la même crise lors d’arrivée de multinationales chez nous. Ce d’autant plus qu’ils invoquent et se prévalent de valeurs sociales et humanistes universelles ne s’arrêtant pas à nos frontières. Donc l’arrivée d’une multinationale chez nous est logiquement subséquence à une délocalisation ailleurs. La naïveté a ses limites et il faut prendre connaissance de la violence de la concurrence économique mondiale pour enfin comprendre que notre salut est dans la défense de l’emploi et de notre économie.

Il vente fort, tout autour de nous, et ce n’est pas finit.

Entre les effets de la crise qui commencent à se faire sentir chez nous, les attaques incessantes contre notre système bancaire, contre notre fiscalité par l’UE (M. Algirdas Semeta président de La commission européenne, discours sur la Suisse), nous ne pouvons pas ou plus supporter des coups endogènes en sus car il en va de l’intérêt national.

Merck Serono, le coup de semonce !

Merck Serono ferme et s’en suivra une perte de 1250 emplois !

D’abords on n’y croit pas, on l’entend d’une oreille distraite, puis on feint par convenance d’être étonné avant de petit à petit s’imprégner de la portée de la nouvelle et le choc vous saisit alors comme un étau. 1250 emplois. Puis, et c’est humain, l’idée vous traverse l’esprit : et si mon employeur partait un jour!

Comptez et égrenez, chantres de la décroissance, adeptes de limitations ou arrêt de la promotion économique, anti multinationales, anti statuts fiscaux, comptez un, deux, trois, quatre,…113,…324…560,…957 et religieusement jusqu’à 1250.

21 minutes d’angoisse !

1250 familles ou individus dans la tourmente loin de vos théories stériles et dangereuses, 1250 parents ou individus qui devront encaisser le choc, réaliser ce qui leur arrive et chercher un nouvel horizon. Vous avez rêvé du départ des multinationales et de la décroissance, et bien d’autres le paient aujourd’hui mais pas en théorie. Ils le paient cash dans leur vie quotidienne.

Sortez du bois, chantres de la décroissance

Lorsqu’on prend la liberté de déparler car malheureusement c’est un droit, le devoir (oui ça existe aussi) est d’assumer ses positions et de ne pas se contenter de s’abriter et d’être dans ses petits souliers. Le courage est de sortir de l’ombre et de dire comment faire pour compenser ces 1250 emplois non pas théoriquement mais dans la réalité. Faut-il se réjouir des appartements qui se libéreront ? Du désengorgement des transports, et de la réduction des « nuisances » ?
Votre silence est assourdissant !

Le courage du bon sens

Il y aura d’autres délocalisations logiquement et indéniablement. On le sait lorsqu’on tend un brin l’oreille aux tumultes de l’économie mondiale et de la crise qui fait rage ailleurs et dont nous avons jusqu’à présent été préservés dans notre cocon Suisse. Les entreprises sont des agents rationnels suivant une logique économique dépourvue de toute considération morale, malheureusement. L’urgence est de fortifier et de défendre notre économie par de l’investissement, la libération des forces créatives et créatrices de richesse. Favoriser les initiatives entrepreneuriales (AGEFI 23.03.12 j. Reddani bons et mauvais raisonnements), l’innovation, l’infrastructure. Il faut pérenniser les PME, majeure partie de notre tissu économique.

La fiscalité des PME doit baisser prioritairement et drastiquement afin de compenser les effets du franc fort qui pénalise nos entreprises tournées vers l’export. Des délocalisations ont eu lieu et d’autres sont en cours et 300 entreprises de l’industrie MEM étaient déficitaires en 2011 (Source Sic Peter Dietrich directeur de l’organisation faîtière).

La fiscalité doit impérativement corriger les effets de la réforme entrepreneuriale II qui n’en porte que le nom (Le Temps 05.04.2012 J. Reddani) et dont on voit aujourd’hui qu’elle ne saurait profiter aux PME les privant de financement et donc d’investissement. Hans Hess président de Swissmem : « le meilleur moyen de contrer l’érosion des marges passait par des investissements dans l’innovation. ». Il n’y aura pas de deuxième miracle économique pour lequel nous n’aurions pas préparé tout son environnement et concocté ses ingrédients.

Trois catégories…dans un avenir immédiat

« Ceux qui savent faire les choses le font », donnons leurs alors plus de moyens et surtout de liberté à créer de la richesse et donc de l’emploi

« Ceux qui ne savent pas, les enseignent » qu’ils continuent à le faire avec leur même rigueur et veillons à leur garantir un cadre et les ressources les meilleures.

Cependant il est impératif qu’une troisième catégorie, de chantres de la décroissance ou de je ne sais quoi, cesse les nuisances et amalgames de suite, car la situation socio-économique actuelle n’est pas garantie et les actions à venir visant son maintien, ne peuvent pas souffrir d’inepties jetées en pâture dans les imminents débats publiques!

INVITE
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