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Suisse – Union européenne : le beurre et l’argent du beurre, ce n’est pas possible !

Depuis trois aneurope-3s, on ne parle que de ça. Bilatérales, libre circulation, emploi et santé économique du pays. Depuis le 9 février 2014, la Suisse est contrainte de revoir complètement le paradigme de ses relations avec l’UE. Entre application stricto sensu ou voie médiane qui ménage à la fois volonté populaire et pérennité de notre cadre économique. Car, n’en déplaise à certains, nous n’avons pas à trouver une solution entre nous, sur notre coin de table, mais avec un partenaire. Un partenaire qui est occupé – pour ne pas dire préoccupé – à des crises importantes : financière avec la Grèce, migratoire à ses frontières et institutionnelle avec le Brexit. On peut prétendre faussement que le Conseil fédéral n’a pas fait d’efforts, mais il faudrait aussi admettre que l’UE n’est pas pressée. Bruxelles joue la montre et pourrait même, à l’avenir, se servir de la Suisse, comme d’un cas exemplaire pour les Britanniques. Le beurre et l’argent du beurre, entendez les avantages de l’Europe sans la libre circulation, ce n’est pas possible !
Ce qu’il y a de pourri dans ce débat, c’est que personne en Suisse, pas même les initiants n’ose demander la révocation de la libre circulation de peur de perdre devant le peuple voire de gagner et d’avoir à en assumer les répercutions. Nous ne sommes plus en 1992. Aujourd’hui notre prospérité doit essentiellement aux accords bilatéraux. Notre pays n’exporte-t-il pas plus dans la seule région du Bade-Wurtemberg qu’en Chine, ou que vers la Lombardie et le Piémont qu’avec les Etats-Unis ? Dans ce contexte, les élus doivent, plus que jamais jouer avec les lois, pour mettre le doigt sur des détails qui auraient valeur de planche de salut.
Grâce à notre parti, le Conseil national a adopté dernièrement une solution. Plus de contingentements ni de plafonds. Le Conseil national les a remplacés par une « préférence indigène », dite « light », concernant aussi bien les Suisses que les étrangers titulaires d’un permis de séjour long. Cette clause, jugée euro-compatible, permettrait au Conseil fédéral de fixer des seuils à partir desquels les entreprises seraient obligées de communiquer les postes vacants aux offices de placement.
Mais il faut aussi écouter les cris d’alarmes. Quelques cantons frontaliers souffrent. La concurrence d’une main-d’œuvre bon marché attise l’insatisfaction de beaucoup. Il faut donc encore œuvrer contre le dumping. Un autre constat s’impose, la main-d’œuvre qualifiée ou spécifique manque. Pour répondre à ces défis, il faut oser introduire de nouvelles filières professionnelles, requalifier femmes et cinquantenaires, seules options pour alimenter en Suisses le monde professionnel. Mais au final il faudra toujours des frontaliers ou des étrangers pour que notre économie continue à se développer.
Nourris par ces craintes, parfois légitimes, les Tessinois ont dernièrement adopté en votation une préférence cantonale à l’emploi. Une solution totalement contraire à la libre circulation et que l’on imagine mal les Chambres fédérales entériner. Du côté de Genève, une idée similaire germerait. Il paraît plus que jamais important dans ce dossier de laisser maintenant la solution fédérale faire son chemin et d’attendre que le Conseil fédéral obtienne des réponses de Bruxelles, avant de se lancer dans de nouvelles expériences qui brouillent la lisibilité et enveniment la situation.

Par Philippe Miauton, secrétaire général PLR Vaud.

(Article paru dans le journal Tribune, octobre 2016)