Blog PLR – Les Libéraux-Radicaux

Ne cédons pas aux sirènes de la peur !

Dans les pays occidentaux, avec son lot de faits divers meurtriers, il devient impossible de passer à côté de la peur subjective des citoyens. Peur que l’on retrouve à tous les niveaux et dans tous les domaines. Alors oui, je suis à la fois choquée et énervée par ce réflexe permanent des médias, des politiques, de la mère ou du père de famille qui ne parlent que de sécurité. On doit tout éviter même ce qui n’est pas prévisible. Et honte, opprobre à celui qui aura laissé échapper un brin de danger, qui n’aura pas su colmater à temps toutes les brèches de la vie…Le monde a toujours été par définition dangereux et la vie jamais un fleuve tranquille. Mais nos pays ont pris l’habitude de vivre sur un petit nuage de bonheurs, de facilités où au gré des années on ne supporte plus le moindre bobo. Nous éduquons nos enfants à avoir peur de tout.
Mainsirene-policetenant que le terrorisme fait partie malheureusement du quotidien, c’est le « rush » vers le déraisonnable. La police est partout. Pire l’armée. Comme si c’était sa mission que d’être dans les rues, mitraillette en bandoulière mais sans munitions (trop dangereux…). La moindre valise oubliée sur un quai de gare ou à un arrêt de bus suscite un branlebas de combat. Une bombe forcément… A Lausanne, à Saint-François bien sûr. Il y a peu, quand on trouvait par terre un objet, on le rapportait à la police ou aux objets trouvés. Aujourd’hui on appelle les démineurs. On bloque la circulation plusieurs heures. Pour rien.

La peur deviendrait-elle le moteur de nos vies ? L’Etat doit être protecteur bien sûr mais pas protecteur de tout. On lui reproche ses manquements. Parfois justifiés. Cette peur ambiante devient un enjeu électoral. On le voit en France surtout, en Allemagne. Par peur des électeurs volatiles, les politiques font de la surenchère. Chacun y va de sa solution miracle.
Aujourd’hui n’est-il pas de bon ton que de parler de terroristes à toutes les sauces, question de se dédouaner ? La  guerre, c’est à la télé. Les bombes, c’est à Alep qu’elles tombent. Jusqu’à il y a peu, cela n’empêchait pas les occidentaux de dormir… La fatalité, le danger sont devenus des vilains mots. Bien sûr qu’il faut se protéger, ne pas être ni naïf ni inconscient mais se réjouir, comme le font certains, d’événements tragiques pour se mettre en avant, occuper le terrain médiatique, supputer sans preuves les motivations et origines des tueurs, reprocher à la police suisse de ne pas avoir dévoilé l’identité du tueur dans le train sont irresponsables. Au contraire on devrait calmer le jeu et éviter de créer un climat anxiogène pour un moment de vanité. Les Belges font comme nous d’ailleurs et c’est juste.
Et il y a des fous, des voyous qui se transforment en tueurs. Sont-ils tous des terroristes pour autant  ? Ce sont des tueurs de masse comme les connaissent les USA depuis longtemps. Et lorsque l’on apprend que le forcené n’était pas radicalisé (le cas de Nice et du prêtre égorgé), on lui trouve des connaissances, des complices qui pourraient l’être. Pire une origine arabe le rend coupable de djihadisme a priori. Rappelons-nous simplement que la peur n’est jamais bonne conseillère.

Par Fabienne Guignard, rédactrice en chef de Tribune.

(Article publié dans le journal Tribune du mois de juillet-août 2016)